18th -19th November 2011
University of Kent at Paris, Reid Hall, 4 rue de Chevreuse, 75006 Paris
Cette conférence vise à susciter une réflexion autour des représentations féminines contemporaines de corps et d’esprits blessés dans la littérature et les films en langue française de l’extrême contemporain (années 2000-2010), autour de la notion de blessure, qu’elle soit psychique et/ou physique. Une approche interdisciplinaire est recherchée, s’appuyant sur des approches critiques et théoriques diverses (critique littéraire, études cinématographiques, études féminines, études de genre, « trauma studies »…).
Ces représentations s’inscrivent à la suite d’une nouvelle émergence du corps et de la transgression corporelle dans l’Art depuis les années 1960 et du développement des dernières décennies du dévoilement de soi, du corps et de l’intime dans la société contemporaine, ainsi que dans un développement de la littérature féminine contemporaine qui est celui de motifs liés à la blessure, au traumatisme et à la perte. Le réinvestissement du corps dans la littérature féminine contemporaine oscille entre le corps comme ‘site’ de liberté – en particulier à travers la sexualité, où les relations et fantasmes se décrivent sans concession – et le corps comme lieu de souffrance. Faisant suite aux mouvements de femmes et aux théorisations sur les genres et les différences sexuelles appelant à l’émergence d’une écriture plus proche du corps, où le corps féminin serait valorisé, et où la jouissance féminine pourrait s’exprimer, les œuvres contemporaines s’attachent également à la représentation de corps et d’identités violentés.
Aborder des œuvres de femmes du point de vue de leur sexuation, en mettant en avant justement le fait qu’elles sont femmes, n’est bien sûr pas dénué de problèmes. Il est clair que considérer les artistes femmes comme une catégorie qui se définit uniquement par rapport à leur appartenance à un sexe, à une identité sexuelle, et non du fait de caractéristiques artistiques particulières, individuelles – privilégier donc le biologique plutôt que l’acte créateur lui-même – est problématique. Mais il est aussi question de visibilité, car il est tout de même encore clairement nécessaire de pouvoir ‘tout simplement’ créer un espace de réflexion autour de ces œuvres. En effet, le but n’est pas de réduire ces auteures et cinéastes au fait qu’elles sont femmes ; elles ont en effet chacune un style, un talent, un imaginaire qui leur est propre. Mais il n’en demeure pas moins que ce sont principalement des corps et des subjectivités femmes qui sont au centre de ces œuvres. Ces représentations de corps et d’esprits blessés sont intrinsèquement liées à des rapports à la fois au domaine du biologique (on pensera à la reproductivité du corps féminin) et à des rapports de pouvoir entre les sexes. En effet, un corps n’est pas ‘simplement’ un corps, mais un corps vécu, dans un contexte particulier, et assujetti à un système normatif. Cette conférence vise ainsi à se situer dans un travail sur la différence qui se veut non pas discriminatoire ou ghettoïsant, mais au contraire productif, par rapport à des œuvres dont les expériences ne se cantonnent pas à une expérience exclusivement individuelle, mais qui établissent des rapports directs au social, au culturel, au politique et à l’Histoire, ainsi qu’aux rapports de pouvoir entre les sexes.
Les écrivaines et cinéastes contemporaines entreprennent de profondes interrogations sur leur identité, dans lesquelles entrent en considération le passé, la mémoire, la famille, le langage, l’identité et le corps. La place du corps (féminin) est centrale dans ces œuvres, dans la manière dont le corps est vécu mais aussi – et surtout – domestiqué, attaqué, rendu abject. Des analyses sur les articulations entre corps, expérience et langage, sur les manières donc ces corps et ces esprits blessés sont récupérés dans et par le récit ou l’œuvre cinématographique sont particulièrement intéressantes et révélatrices, mettant en lumière des rapports de force et les diverses formes de violences qui en découlent et qui affectent plus ou moins fortement leurs protagonistes (féminines). Car si toutes les violences et blessures ne sont pas exclusives aux femmes (on pensera par exemple à la marginalisation dans la maladie ou à la perte d’un être cher), les œuvres contemporaines de femmes donnent à voir, par-delà les différences de situations sociales, culturelles, politiques et économiques, que de nombreuses violences qui affectent leurs protagonistes dans leur chair et/ou leur esprit s’adressent spécifiquement à elles en tant que femmes. Elles donnent également à voir que s’affirmer hors des normes devient une exposition à la violence, qui s’ajoute à celle de la mise en danger du corps féminin sexualisé.
Les représentations actuelles des subjectivités et des corps féminins reflètent ainsi les avancées tout comme les ambivalences et le chemin restant à parcourir.